Merci d'avoir épinglé Sanjione !
La formeJe disais donc que les informations visuelles qui parviennent au cerveau par le sens de la vue sont traitées à ce niveau essentiellement par comparaison suivant un certain nombre de critères établis progressivement par les civilisations.
Cette comparaison se fait en situant une forme (au sens général du terme) par rapport à des extrêmes :
- grand par rapport à petit
- haut par rapport à bas
- oblique par rapport à horizontal ou vertical
- gris par rapport à noir ou blanc, etc...
Une forme nouvelle est donc analysée pour en reconnaître les similitudes avec d'autres formes déjà connues et mémorisées. Ces dernières peuvent être des formes simples, schématisées, réduite à des notions de géométrie qui sont les mêmes pour tous (ce qui permet la communication).
Exemple : carré, cercle, rectangle...
Ainsi pour l'exemple de la table rectangulaire on a utilisé la forme standard « table » que tout le monde reconnaît à laquelle on a associé l'idée de « rectangle », elle aussi facilement reconnaissable. On pourrait préciser dans le même esprit : table marron, basse, à roulettes, etc...
Le truc c'est que tout ne se passe pas dans l'esprit humain d'une manière aussi logique et lucide.
De nombreuses associations, déductions, comparaisons se font de manière inconsciente sous forme d'intuition et de sensibilité.
L'expression graphique est donc le fruit d'une association de la réflexion, de l'imagination et de l'intuition.
« La formation du langage plastique se fait par la rencontre de ce que nous conviendrons d'appeler l'objectivité de la nature avec les subjectivités personnelles ».
Luc Joly
dans « structure »
edition IDEA (suisse)
Or, il se trouve que l'Homme fait justement parti de la nature et que, comme elle, il est organisé et structuré. C'est pourquoi, on trouvera des similitudes entre les formes naturelles et les formes créées par l'Homme.
S'il est très instructif de comparer les formes de la nature avec les formes créées par l'Homme, il est tout aussi intéressant de comparer les formes naturelles entre elles.
Pour cela, un certain nombre de critères d'observation peuvent être définis :
Position des formesHorizontalitésymbole de stabilité, de repos, de quiétude ou de mort.
Verticalitévers le haut : sens positif, vers le bas sens négatif.
Obliquitéinstabilité, déséquilibre, mouvement.
Situation des formes entre elles
Dimension des formeslongueur
largeur
hauteurCes dimensions dépendent de la position de l'objet dans l'espace, car (et je ne vous apprend rien) nous sommes influencés par la notion de pesanteur.

Une 4ème dimension : le temps, permet de donner une idée de déplacement ou de croissance des formes :

Ainsi s'établit la progression suivante de 0 à 4 dimensions :
Génération des formesLe point peut être considéré comme la source d'une génération de formes
Le point qui se déplace engendre une ligne :

La ligne droite qui se déplace engendre un plan (ou surface) :

Le plan qui se déplace engendre un volume :
La psychologie de la formeC'est à dire l'étude de ce que les formes peuvent évoquer en nous, les réactions qu'elles peuvent susciter dans chaque individu.
Or, justement le pouvoir d'une forme sur cet individu est déterminé par les expériences préalables qu'il a pu avoir durant son évolution, depuis l'enfance : une forme arrondie « pleine » peut suggérer le sein maternel et paraître ainsi une forme douce, agréable.

Par contre une forme constituée de petites lignes brisées très sèches sera qualifiée de « piquante » (allusion à un souvenir désagréable).
Une couleur sera qualifiée de « chaude » ou de « froide » parce qu'on se souvient de s'être brûlé ou d'avoir eu très froid dans une atmosphère de même coloration, ou en touchant une forme colorée ainsi.
Il serait donc illusoire d'essayer de donner une sorte de « répertoire psychologique des formes ». Il appartient à chaque individu de déterminer en fonction de son propre vécu ce que lui suggère les formes.
Cependant il existe un certain nombre d'exemple relativement universel qui permettent une direction de recherche :
- Le point localise
- la ligne indique une direction
- la courbe fermée indique la plénitude
- la courbe ouverte est un plein ou un creux (suivant sa position, n'oublions pas la pesanteur)

- le carré (ou le rectangle) est stable, évoque l'unité, la force.
- Certaines formes sont par définition dynamiques, parce que nées de solutions logiques de croissance naturelle comme la spirale ou les subdivisions :
la nature de la formeIl est indispensable de garder à l'esprit la notion de contraste et d'opposition qui permet de saisir plus vite et d'une façon précise la définition exacte de la forme envisagée.
C'est à dire que pour savoir qu'une forme petite est petite on l'opposera à une forme grande, on opposera le lisse et le rugueux, le chaud et le froid, le clair au foncé, etc...
Donner la vie à une forme« Au lieu d'imaginer les différentes parties du corps comme des surfaces, plus ou moins planes, je me les représentai comme les saillies des volumes intérieurs. Je m'efforçai de faire sentir dans chaque renflement du torse ou des membres l'affleurement d'un muscle ou d'un os qui se développait en profondeur sous la peau.
Et ainsi la vérité de mes figures, au lieu d'être superficielle, semble s'épanouir du dedans au dehors comme la vie même ».
RODIN
Cette idée de comprendre ce qui détermine la forme sous son aspect de surface est des plus importante.
Apprendre à dessiner signifie aussi comprendre ce qui est sous cette carapace visible des choses (et qui en détermine la forme) et ce dans un double but : peut être reproduire la nature (dessin d'observation) avec beaucoup plus d'acuité, mais surtout pouvoir utiliser ces connaissances pour exprimer d'autres idées et rendre son art plus « fort » (dessin d'imagination).
Techniques d'expression au trait« la ligne est une invention.
A la limite d'un corps, nous percevons une ligne, inexistante en réalité, mais sans cesse réimaginée. Elle est abstraite, le produit de la faculté de percevoir trois dimensions au même titre que deux. La ligne sépare, divise, et lorsqu'elle marque le tour d'une surface, nous l'appelons contour ».
KURT WIRTH
les crayons
Dans une échelle de valeurs, la lettre H indique une qualité dure et sèche, la lettre B une qualité tendre et grasse. Ces lettres sont précédées de chiffres en ordre croissant qui donne une information supplémentaire : plus ou moins dur ou plus ou moins tendre.
Les crayons secs sont généralement utilisés pour des dessins techniques descriptifs ou sur papier calque.
Les crayons gras sont plutôt utilisés pour des croquis artistiques
(mais c'est vous qui voyez)
la fabrication des crayons reste pour moi un mystère, de ce que je sais, la mine est un mélange de minéraux et d'argile en poudre cuit à haute température, moulé en forme de batônnets puis inséré dans une gaine de bois. (han ! Comment ils font pour mettre la mine dans le bois ?)
Le crayon à mine graphiteLa mine est de même composition que les crayons « à papier » gras décrits plus haut, donc un savant mélange de silice et de graphite, mais plus de graphite donc, ce qui les rendent plus tendre.
La pierre noireAppelé aussi pierre d'Italie, Sa composition est à base de schiste (pierre argileuse)
beaucoup utilisé pour les esquisses.
Le styloDe dureté unique, c'est un instrument intéressant pour son aspect définitif, ce qui oblige le dessinateur à une grande réflexion et une forte concentration préalable.
La sanguineC'est une pierre d'argile ferrugineuse de ton rouge plus ou moins foncé.
La craie blancheUtilisé pour faire des rehauts de blanc sur un dessin très travaillé ou être utilisée sur papier teinté.
Les « trois crayons »technique ou l'on utilise la pierre noire, la sanguine et la craie blanche sur du papier teinté.
Et déjà évoqué :
La plume
Le fusain
Le pinceau
les crayons de couleur
Le pastelLes supports
Les papiersLe papier à dessin : de grammage différent (poids au m2) l'idéal est de se tenir aux 160-180 g/m2, mais pour certain travaux de grattage ou à la flotte on pourra aller jusqu'à 240g/m2
le papier couleur : il est en couleur
le papier Ingres : spécial fusain
le papier chiffon : très épais et fabriqué à partir du chiffon.
Le lavis-technique : spécial pour dessin technique, lavis ou encre de chine pure.
(lavis = mélange d'encre de chine et d'eau)Les papiers calques : de grammage différent aussi.
Les cartonsle contre-collé : très épais, c'est un papier à dessin contre-collé d'un carton rigide. Permet d'utiliser de l'eau à foison.
La carte à gratter : c'est un carton recouvert d'une fine pellicule de plâtre lisse et blanc. Le plâtre se gratte avec une plume vaccinostyle ( plume à vaccin vendue en pharmacie) ou d'un compas (ou n'importe quoi de pointu qui vous tombe sous la main), en gravant la surface préalablement colorée à la gouache ou à l'encre de couleur. On trouve aussi des cartes à gratter déjà enduites d'une encre noire mate et prête à gratter. (le dessin apparaît toujours en blanc).
Les différentes sortes de dessin au trait
Dessin d'observationbasé sur une analyse fine et subtile de la réalité.
Dessin de mémoireIl fait appel à une réalité conceptualisée par le créateur, c'est à dire passé au travers tout le filtre de la perception et de la transposition, pour mieux « exprimer ». C'est une simplification importante qui ne laisse apparaître que l'essentiel.
Dessin d'imaginationC'est avant tout une forme d'expression d'idées, créées d'après des observations réelles ou des réflexions plus ou moins éloignées de la réalité.
Expression en valeurNotre vision est directement liée à la lumière et nous percevons les objets comme des taches plus ou moins lumineuses.
La matérialisation de ces taches en dessin correspond à ce qu'on appelle les « valeurs » : ce sont des qualités de lumières plus ou moins fortes allant du blanc au noir en passant par une infinité de gris, du plus clair au plus foncé.
La lumièreUne source de lumière émet des rayons lumineux constitués de photons qui se déplacent en ligne droite à la vitesse de 300 000 km/seconde et viennent frapper les objets qui nous entourent.
Une partie de ces rayons est absorbé par l'objet qui s'échauffe. Une autre partie des rayons est réfléchie alentour.
L'oeil en capte une partie, nous voyons l'objet.
La réflexion des rayons lumineux par un objet qui les reçoit dépend de sa constitution :
Sa matière (bois, métal, pierre, etc)
Son aspect de surface (mat, brillant, rugueux, lisse, etc)
Sa « couleur » : un objet qui renvoie intégralement la lumière reçue apparaîtra blanc, un autre qui l'absorbe totalement nous apparaîtra noir. Entre ces deux extrêmes existe une infinité de surfaces qui absorbent certaines ondes lumineuses et en renvoient d'autres.
La lumière naturelle (la lumière du soleil est la référence, forcément), dite : lumière blanche, est composée de trois couleurs fondamentales : rouge, jaune, bleu.
L'espaceLa lumière intervient dans notre perception de l'espace (des distances).
Les formes situés loin paraissent moins éclairés, moins « contrastés » que les mêmes formes situés très près.

Ces 4 cubes ont une forme rigoureusement identique (oui...bon...je fais les schémas à la va-vite) et pourtant nous avons la sensation qu'ils sont différents.
Cela vient du fait que la face contrastée (souligné d'un trait fort) paraît plus près que la face à trait fin (claire) qui devient la plus éloignée.
Ombres, lumière, dégradés
La lumière joue ici un rôle particulièrement important : on distingue très nettement des zones «blanches » très éclairées et des zones noires, complètement dans l'ombre. Entre les deux, on peut dénombrer une grande quantité de gris différents, du plus clair au plus foncé.
L'ensemble offre un éventail de valeurs (de gris) très varié.
L'opposition entre les zones claires et les zones sombres forment des contrastes de valeurs plus ou moins forts.
Rappelons que les plus forts contrastes nous sembles près, alors que les zones sans contrastes nous paraissent plus éloignées (L'eau située en haut de la photo, par exemple, qui est constituée de gris proches les uns les autres, nous apparaît plus loin que celle du premier plan , très contrasté).
Les rayons lumineux qui frappent un objet créent des zones de pleine lumière très claires (voir blanche) et des zones d'ombre.
On distingue trois sortes d'ombre :
L'ombre propre :c'est l'ombre normale de l'objet dont certaines faces ne reçoivent pas la lumière.
L'ombre portée :c'est l'ombre créée par l'objet sur un autre objet,
par exemple : l'ombre projetée par un objet sur la table qui le supporte.
L'ombre autoportée : une partie de l'objet projette une ombre sur une autre partie du même objet,
par exemple : l'ombre de l'anse d'un vase sur le corps du vase.
Les ombres portées et autoportées paraissent plus sombres que les ombres propres.

Le passage entre l'ombre et la lumière peut être progressif, délicat, on est à ce moment là face à un dégradé.

Le dégradé est donc le passage d'une valeur claire à une valeur foncé (ou l'inverse) en passant par un grand nombre de valeurs intermédiaires sans qu'il soit possible de les délimiter avec précision.
Les dégradés les plus subtils qui existent sont la tombée de la nuit et le lever du jour.
Entre le jour et la nuit s'opère toujours un lent et délicat passage qui peut transformer une zone blanche (imaginez un mur peint en blanc) en une zone noire et réciproquement. C'est l'illustration parfaite du dégradé.
Notons que dans tout les cas, un dégradé dégagera toujours une impression de temps par rapport à un contraste fort qui évoque l'instantané (comme une explosion).
TechniquesNous avons vu qu'il existait des duretés de mines de crayon différentes : H, HB, B, etc...
On peut dessiner en valeur avec des gris au crayon en utilisant :
Les hachurés : On les croise, plus elles sont croisées, plus le gris est foncé.
Le pointillisme :Les points plus ou moins dense, ou plus ou moins gros.
L'estompage :frotter un crayon gras sur une feuille de papier, puis « estomper » la forme avec le doigt, avec un autre papier, ou avec un morceau de buvard.
La combinaison des différentes duretés de mine permet une infinité de variations avec lesquels on peut réaliser des dégradés.
A l'encre ou à la peinture, une matière plus ou moins diluée donne des valeurs différentes.